Les répercussions du contexte national sur le Centre ALMA Gironde

Depuis 1995, l’Oareil est un acteur engagé dans la lutte contre les maltraitances à travers son Centre ALMA Gironde. La nouvelle stratégie nationale pilotée par la Direction générale de la cohésion sociale aura un impact sur son action.

Interviews de Michel Rivière et de Rodolphe Karam, administrateurs de l’Oareil.

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Les répercussions du contexte national sur le Centre ALMA Gironde
  • Pouvez-vous nous rappeler en quelques mots la mission du Centre ALMA Gironde ?
Michel Rivière : Le Centre ALMA Gironde est un centre historique, qui a été créé par un mouvement associatif national de prévention et d’action pour lutter contre les situations de maltraitances des personnes âgées et des adultes en situation de handicap.

Nous sommes affiliés par contrat à la Fédération 3977 qui a été constituée en 2014 pour gérer la plateforme nationale d’écoute et le réseau des centres associatifs (la plupart issus d'Alma France) qui sont répartis sur tout le territoire.

Notre action est principalement bénévole, tout en étant soutenue par l’équipe de salariés de l’Oareil. Lors de 3 demi-journées par semaine, neuf bénévoles appellent les témoins et victimes de situations de maltraitances qui, dans un premier temps, ont contacté le 3977. Leur mission est de les aider à mettre des mots sur leurs situations et à les orienter vers les acteurs de Gironde en capacité de les accompagner dans la mise en œuvre de solutions.

Les entretiens peuvent être réalisés sous le couvert de l’anonymat, s’ils le souhaitent. Nos bénévoles, formés par la Fédération 3977, sont presque tous issus du champ médico-social. Ils sont un maillon de l’action de prévention et de l’accompagnement par une écoute dirigée et constructive.

  • Avez-vous constaté une évolution des situations qui nous parviennent ?

Michel Rivière : En 2025, tout comme en 2024 d’ailleurs, ce sont plus de 200 nouvelles situations qui nous sont parvenues. La majorité concernent des personnes à leur domicile, avec des femmes pour presque ¾ des victimes supposées. Dans près de la moitié des cas, ce sont des proches qui nous contactent pour faire état de maltraitances ou de négligences envers des personnes âgées mais aussi de personnes en situation de handicap qui ont représenté 26% des situations reçues cette année.

Ces données sont assez stables après un bond des sollicitations suite à l’affaire Orpéa, en 2022. Ce scandale a révélé à la société l’impensé sur les risques de maltraitances des personnes vulnérables et a conduit l’Etat à se saisir à bras le corps de cette question.

  • Qu’en est-il du contexte national sur l’évolution du recueil et du traitement des situations de maltraitances ?

Rodolphe Karam : La loi n°643 portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir en France, publiée au JO du 9 avril 2024 indique dans son article 4 la création d’une instance territoriale pour assurer le recueil, le traitement et l’évaluation des alertes, sous la responsabilité de l’ARS et également d’un numéro d’appel unique sur les maltraitances.

L’objectif du ministère du travail, de la santé, des solidarités et des familles est de positionner le signalement des situations de maltraitance comme un service public à part entière. A ce titre, il a lancé un appel d’offre pour repositionner une plateforme d’appel ayant pour missions de :

  • réceptionner les appels téléphoniques des personnes victimes ou témoins de situations de maltraitance envers des personnes majeures en situation de vulnérabilité
  • proposer une écoute permettant une première qualification des situations de maltraitances et une orientation vers les cellules maltraitance en vue de leur traitement.

Cette nouvelle plateforme devait initialement être opérationnelle au 1er janvier 2026 avec une ouverture de 9h à 20h, 7 jours sur 7.

La Fédération 3977 a présenté sa candidature mais elle n’a pas été retenue. C’est désormais l’entreprise Qualiosocial qui gèrera la plateforme à partir du 1er mars avec un nouveau numéro d’appel qui, à ce jour, n’a pas encore fait l’objet d’une communication au grand public.

  • Quelles conséquences pour le Centre ALMA Gironde ?

Rodolphe Karam : Nous traversons actuellement une zone de grand flou. Jusqu’au 28 février, nous continuerons à recevoir et à traiter les situations recueillies par le 3977. Et après ? Les informations qui nous sont parvenues laissent entrevoir un développement par étapes. Trois régions seront concernées par une expérimentation avant l’étendue du dispositif sur l’ensemble du territoire a priori pour juin 2026. La Nouvelle-Aquitaine ne sera donc concernée par ce nouveau dispositif qu’à la fin du 1er semestre de l’année.

Dans l’intervalle, avant la mise en service du nouveau numéro, comment seront pris en charge les appels à l’aide et comment les appels seront orientés ? Nous ne le savons pas et cette situation, nous semble-t-il, sera très dommageable pour les victimes et les témoins. Autre question, quel sera le rôle du Centre Alma Gironde dans cette nouvelle configuration ? Nous ne le savons pas non plus. Nous regrettons par ailleurs, la disparition du numéro vert 3977 au profit d’un autre numéro court qui, nécessairement, mettra du temps à être identifié.

Quoiqu’il en soit, dans l’immédiat, le Centre Alma Gironde reste pleinement engagé dans ses missions. D’autre part, nous entamons des prises de contact avec le Conseil départemental de la Gironde, l’ARS Nouvelle-Aquitaine, tout en poursuivant nos échanges avec les autres Centres ALMA de notre région. Nous souhaitons étudier avec ces instances le rôle que nous pouvons jouer dans cette nouvelle organisation.

Par ailleurs, nous continuons à proposer des actions courtes de sensibilisation sur les maltraitances auprès du public et des professionnels.

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