- Alain Villez, qu’est-ce que l’ARCG ?
L’
ARCG, Association Réflexion Conseil en Gérontologie, créée à l’initiative de la
Fondation de France et de l’
Uniopss s’est donnée pour mission de partager des expériences de terrain et de publier régulièrement des ouvrages collectifs de réflexion et d’analyse de pratiques dans le champ de la gérontologie sociale. Elle associe des compétences issues de diverses disciplines et domaines : la psychologie, la sociologie, la maîtrise d’ouvrage et l’urbanisme, la gestion et les politiques sociales sont les plus représentées.
L’ARCG étant un réseau national, cette journée peut être suivie en présentiel ou en distanciel.
Je souhaite préciser également que
l’ouvrage Les vieux sont-ils forcément fragiles et vulnérables ? de l’ARCG réalisé sous la direction de Colette Eynard et publié chez Eres
est offert à toute personne inscrite à votre journée. C’est plutôt rare !

- Isabelle Donnio, l'originalité de cette journée est d'aborder la vulnérabilité sans la réduire comme souvent à celle des personnes accompagnées. Vous allez intervenir sur la vulnérabilité des professionnels. Question éthique, pratique ? L'aide aux aidants se développe, faut-il mieux accompagner les professionnels ?
En effet, le risque de souffrance des proches aidants a enfin été pris en compte dans les politiques publiques (Loi ASV 2015) mais les taux d’absentéisme des professionnels accompagnant des personnes vulnérables, en établissements ou à domicile, alarment les directions et épuisent les cadres intermédiaires.
Aujourd’hui, se pencher sur la nécessité de prendre soin de ceux qui soignent, soutenir tous ceux et toutes celles (majoritaires) qui aident des personnes vulnérables devrait être une priorité de santé publique.
La philosophe Cynthia Fleury alerte depuis longtemps sur cette urgence. Elle milite dans ce sens avec la
Chaire de philosophie à l’Hôpital et notamment avec le groupe «
Écrire la souffrance des soignants », que je suis depuis sa création après la crise Covid. Elle montre non seulement la nécessité de l’expression du vécu des professionnels qui ont prise avec la souffrance des humains vulnérables pour prévenir leur risque d’épuisement, de burn-out, mais surtout les capacités de créativité et les pouvoirs du soutien collectif.
Il s’agit de comprendre les facteurs de vulnérabilité et de souffrance des soignants/accompagnants, pour les aider à aller vers une relation aidant/aidé ajustée, respectueuse des besoins humains de chacun des acteurs. Cette démarche constitue un des enjeux contemporains du soin, de la place du soin dans la société et des conditions d’exercice des professionnels de santé et médico-sociaux.
Le questionnement et l’analyse collective des pratiques, la mise en place de ressources de réflexion éthique constituent des leviers pour l’amélioration de la qualité du service rendu aux « usagers », de la qualité de vie au travail et de la santé des soignants et des accompagnants.
Je proposerai d’examiner les différents déterminants susceptibles d’influencer la qualité de vie et la santé des professionnels : facteurs individuels, relationnels, institutionnels, environnementaux et sociétaux, à partir de la prise de conscience préalable de notre commune vulnérabilité.
- Alain Villez, parler de vulnérabilité pour les organisations et les politiques publiques, ce n'est pas courant... Pouvez-vous satisfaire notre curiosité avec quelques points clés qui seront abordés lors de cette journée ?
Dans la table ronde consacrée à la vulnérabilité des institutions sociales et médico-sociales et des politiques publiques, nous nous attacherons à démontrer que ces établissements et services d’aide et de soins à domicile sont fragilisés. En dépit du bénéfice d’une reconnaissance législative et réglementaire le principe de l’annualité budgétaire des financements publics octroyés soit par les départements soit par l’Assurance Maladie via les Agences Régionales de Santé les vulnérabilisent.
En effet, ces financements contingentés par un taux directeur d’évolution ne prennent que partiellement en compte l’évolution des charges et surtout des besoins croissants des personnes âgées et ou handicapées accueillies et accompagnées.
Nous nous intéresserons également à la précarité des innovations développées par les associations depuis une vingtaine d’années en alternative aux établissements et services « traditionnels ». Elles cherchent à mieux répondre aux besoins et aux attentes des publics fragiles en leur proposant un cadre de vie aussi proche que possible du « comme à la maison ».
Ces innovations (Habitat inclusif, colocations…) participent au « virage domiciliaire » des politiques vieillesse. Et pourtant, elles ont toutes les peines du monde à s’imposer comme une solution pérenne. Elles ne sont toujours pas dotées d’un modèle économique durable assis sur un financement à long terme, la prestation de l’Aide à la Vie Partagée en est l’exemple le plus flagrant !
Avec ces turbulences des nouvelles formes d’habitat, une innovation en chasse une autre. Déjà, les Petites Unités de Vie prévues par le législateur en 2001 ont été peu à peu lâchées par les départements et les ARS alors qu’elles n’avaient pas démérité.
Dans ce domaine, la vulnérabilité serait-elle contagieuse ?
Retrouvez le programme de cette journée.